Résonances BIBLIOgraphiques

« Quand l’espace public disparaît, le corps ne suffit plus à transporter la personne. […] Marcher permet de se prémunir contre ces atteintes à l’intelligence, au corps, au paysage, fût-il urbain. Tout marcheur est un gardien qui veille pour protéger l’ineffable. » L’indicible, dont la danse.

Rebecca Solnit, L’Art de marcher

« … tandis que toutes sortes de pensées m’agitaient fortement, parce qu’en promenade bien des idées soudaines, éclairs de lumière et illuminations éclairantes, se produisent et s’introduisent spontanément afin qu’on les exploite et les élabore avec soin »

Robert Walser, La promenade

Explorant les déplacements, flâneries, dérives dans l’art de la fin du XXe siècle et en particulier les recherches contemporaines de Gabriel Orozco, Francis Alÿs et le laboratoire Stalker.

« Apparaît alors un univers où le déplacement est non seulement le moyen d’une translation spatiale mais également un fait psychique, un outil de fiction ou encore l’autre nom de la production. Cette cinéplastique qui fait de la ville son théâtre d’opérations, ces déplacements aux multiples résonances tracent le visage d’un monde où le réel est un processus. »

Thierry Davila, Marcher, Créer

« La partition n’a pas de bords. Elle est extensive au point que tout événement concomitant ou non, lointain ou proche, visible ou invisible, l’infiltre, l’affecte, et la ré-oriente à chaque instant. […] Les partitions sont partout. Elles peuvent revêtir une infinité de formes et de natures. […] Même une liste d’achats ou un calendrier, par exemple, sont des partitions. [… Et] la partition, même ‘’trouvée’’, déjà là, ready made au sens littéral, est diserte : elle est le produit d’une activité culturelle spécifique, d’une construction, d’un jeu extrêmement savant d’intervalles, de points de repères démultipliés. »

Laurence Louppe, La poétique de la danse contemporaine – la suite

« Sans cet apprentissage de l’état nomade je n’aurais peut-être rien écrit.

Nicolas Bouvier, Réflexions sur l’espace et l’écriture

« … tu marches encore, tu traînes encore. Tu inventes des périples compliqués, hérissés d’interdits qui t’obligent à des détours. Tu vas voir les monuments. Tu dénombres les églises, les statues équestres, les pissotières, les restaurants russes. Tu vas voir les grands travaux le long des berges, près des portes, les rues éventrées pareilles à des champs labourés, les canalisations, les immeubles qu’on met à terre. »

Georges Perec, Un homme qui dort

Le voyageur rapporte des objets, des histoires de son voyage comme les gitans tous les ans au village de Macondo « faisaient part des nouvelles inventions. Ils commencèrent par apporter l’aimant. Un gros gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit en public une truculente démonstration de ce que lui-même appelait la huitième merveille des savants alchimistes de Macédoine. »

Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de Solitude

« sentir l’aura d’une chose c’est lui prêter le pouvoir de lever les yeux. »

Walter Benjamin, L’oeuvre d’art à l’heure de sa reproductibilité technique

« La représentation rend manifeste ce qui, sans elle, serait inaperçu ; […] Elle est une re-prise de l’immédiat. [qui] indique aussi un écho comme dans ‘’réponse, une re-tenue’’. La représentation peut-être pensée comme l’acte de re-cueillir ce qui se perd et comme la résistance opposée à ce qui disperse. »

Frédéric Laupiès, Leçon philosophique sur la représentation

« l’acteur est un voyageur au sujet duquel aucune certitude n’est possible. Lui-même met en doute la certitude de son passé. Tous les passés sont possibles. Il est continuellement effacé par le vent de sa marche. »

Marc François, Où va le théâtre? ss dir. J-P. Thibaudat

« Ce que je demande aux oiseaux : de nous ouvrir l’imagination à d’autres façons de penser, de rompre avec certaines routines, de rendre perceptible l’effet de certains types d’attention – qu’est-ce qu’on décide de rendre remarquable dans ce qu’on observe ? Pour rendre possible d’autres histoires. […] Des histoires moins déterministes, […] des histoires qui laissent des marges de manoeuvre plus importantes, des histoires qui déjouent la tentation des modèles […] et honorent l’émergence d’une infinité de manières d’être.

[…] Si le territoire se définit comme lieu d’intention spectaculaire, l’agressivité n’est plus le motif, au sens psychologique, ou la cause, de l’activité territoriale, elle en est le motif au sens esthétique ou musical, elle lui donne son style, sa forme de présentation, son énergie, sa chorégraphie et ses gestes. […] Les territoires n’existent qu’en actes. Ce qui revient à dire qu’ils sont objets de performances, à la fois au sens théâtral et au sens où leur existence doit être performée.  Il s’agit de saisir que faire un territoire c’est composer avec des puissances. Il s’agit de les honorer. Faire un territoire, c’est créer des modes d’attention, c’est plus précisément instaurer de nouveaux régimes d’attentions. Bref, s’arrêter, écouter, écouter encore: ici, maintenant, se passe et se crée quelque chose d’important. »

Vinciane Despret, Habiter en oiseau, Actes Sud, 2019